BIOCLIMATIKInterview de Vincent VIGOR, gérant de BIOCLIMATIK,
Bureau d’Etudes Thermiques & Maîtrise d’Œuvre – Angles sur l’Anglin (86).

 

Quel est votre parcours, l’histoire et l’activité de la société ?

Ma formation initiale est scientifique et technique : ingénieur centralien et titulaire d’un DEA en Acoustique et Traitement du Signal, je dois ajouter que ma culture familiale est issue du bâtiment (plomberie-chauffage).
J’ai travaillé pendant une quinzaine d’années dans les systèmes d’informations dans de grandes entreprises et administrations avant d’être rattrapé en 2005 par mes racines via une expérience passionnante de maîtrise d’œuvre sur un bâtiment du XIIIe siècle que nous avons entièrement rénové avec des amis artisans avec des éco-matériaux (pierre, chaux, chanvre, enduits terre et chaux-sable, …). C’est à partir de ce moment que j’ai commencé à me plonger dans la thermique du bâtiment et la rénovation du bâti ancien avec ses problématiques spécifiques de gestion de l’humidité dans les parois.
Avec l’aide d’un ami proche, thermicien de longue date, j’ai sauté le pas en 2011 en créant un bureau d’études thermique dont la spécificité sur l’éco-construction et les conditions climatiques fines se développe peu à peu.

 

Comment est organisée votre structure ? A-t-elle connu des évolutions importantes ?

Je suis le seul membre de ma structure pour l’instant mais je travaille depuis l’origine en réseau avec de nombreux professionnels dans un échange et une appréciation mutuelle : architectes, maîtres d’œuvre, artisans, industriels.
J’ai été frappé dès le début par l’énorme déficit de formation et d’information dans le bâtiment sur des problématiques essentielles comme l’étanchéité à l’air, la migration de la vapeur d’eau, la perspirance des parois, … Cela m’amène à effectuer un accompagnement soutenu et le plus en amont possible de mes clients pour qu’ils s’approprient des solutions qui demeurent pertinentes sur le long terme.
C’est d’ailleurs ce qu’évoque pour moi la démarche bioclimatique qui consiste à prendre en considération tous les éléments de l’environnement qui permettront d’optimiser les apports gratuits de la construction et de limiter ses déperditions mais aussi d’utiliser les énergies renouvelables et les éco-matériaux chaque fois que possible (limitation de l’énergie grise de la construction).
J’interviens également dans ce sens à l’ESTP (Ecole Spéciale des Travaux Publics, du bâtiment et de l’industrie) en formation continue avec un cours sur la performance énergétique pour des élèves de mastères et pour des conducteurs de travaux.

Quelle est votre clientèle ? A quel public vous adressez-vous ?

Je travaille pour les particuliers (études thermiques RT2012 pour les constructions neuves ou RTExistant pour les rénovations), pour des copropriétés (audit énergétique), des collectivités mais aussi et de plus en plus pour des entreprises privés qui ont des problématiques climatiques pointues (simulation thermique dynamique, ingénierie climatique).

Quels changements observez-vous ces dernières années et comment les anticipez-vous en interne ?

Le bâtiment est en train de vivre une profonde mutation dans un contexte économique difficile : pour construire et rénover, on vise désormais un niveau de performance qui était encore marginal il y a quelques années. Il ne s’agit pas simplement d’augmenter l’épaisseur des isolants : c’est une nouvelle manière de construire qu’il nous faut apprendre et mettre en œuvre avec notamment une attention particulière à l’étanchéité à l’air, l’inertie, la qualité de l’air, etc.
Si les acteurs clefs ne se concertent pas suffisamment en amont et si les entreprises n’acquièrent pas les bonnes pratiques de mise en œuvre, cela peut coûter très cher pour tout le monde !
En effet, aujourd’hui nous n’avons plus le choix si l’on veut endiguer le réchauffement climatique, car le bâtiment est le premier consommateur d’énergie en France, sans même parler de la précarité énergétique qui se développe.
Il me semble que nous payons cher aujourd’hui une dévalorisation des métiers manuels, un retard sur les pays d’Europe du Nord sur la qualité de la construction et une complexité règlementaire  qui rendent douloureuse cette mutation.
Je participe à cet effort de la profession en continuant à me former, en effectuant une veille technique et règlementaire régulière et en accompagnant au mieux mes clients.

Avez-vous des exemples de réalisations intéressantes à partager ?

Il y a trois projets récents qui me viennent en tête de par leur caractère atypique : 

  • Le premier concerne la réalisation des études CVC (chauffage, ventilation et climatisation) et du suivi de leur mise en œuvre que j’ai effectués sur une plateforme de 5800 m2 dédiée au stockage d’œuvres d’art à Sao Paulo au Brésil, avec des exigences fortes en terme de régulation de la température et de l’hygrométrie (2013-14).
  • Le second qui vient juste de se terminer concerne une AMO (Assistance à Maîtrise d’Ouvrage) auprès de CEGELEC (Groupe Vinci) pour la réponse à un dialogue compétitif sur le projet de mini-ville climatique (Equipex Sense-City) de l’IFSTTAR qui a pour but de fournir une enceinte climatique mobile de 400 m2 pour effectuer des recherches sur la Ville Durable (http://sense-city.ifsttar.fr/presentation/).
  • Le troisième est en cours et concerne une mission d’expertise sur une chambre climatique destinée à désinsectiser les œuvres d’art par anoxie dynamique car celle-ci présente un problème de fonctionnement qui n’a pu être identifié… Cet équipement exige une grande stabilité de température, hygrométrie et pression régulées par automate ainsi qu’une excellente étanchéité à l’air sans parler des questions de sécurité car une fuite d’azote peut avoir des conséquences graves en termes d’hypoxie. Le Musée du Quai Branly vient justement de se doter de deux nouvelles chambres d’anoxie similaires pour traiter leurs collections ; je les ai visitées afin de mieux comprendre les différents process mis en œuvre et pouvoir optimiser la remise en conditions opérationnelles de celle dont j’ai la charge.

Que vous apporte une structure comme le Cluster Eco-Habitat ?

Je participe au Cluster depuis la création de l’entreprise : j’apprécie particulièrement la possibilité d’échanger avec des professionnels du bâtiment dans des domaines très divers dans un esprit d’ouverture et de simplicité.
Bravo notamment pour les visites de sites exemplaires, les partages d’expérience  et les ateliers thématiques. J’apprécie l’inter-disciplinarité de l’équipe du cluster qui lui permet d’être très ouvert aux différentes problématiques des membres du réseau.

http://www.bioclimatik.pro
Propos recueillis le 12 mars 2015.