Bois et Paille

En 2007, Eddy FRUCHARD a tout juste 20 ans quand il crée son entreprise BOIS ET PAILLE à Vausseroux (79). Aujourd'hui, BOIS ET PAILLE emploie 7 salariés et intervient dans un rayon de 300 kms dans des projets de construction, rénovation ou extension.

Interview de Eddy FRUCHARD :

Quel est votre parcours, l’histoire et l’activité de la société?

J’ai suivi la filière d’études «classiques» jusqu’en classe de 1ère S ; durant cette année, j’ai vraiment pris conscience de mon intérêt pour l’apprentissage concret d’un métier. J’ai fait mes propres recherches, qui m’ont naturellement menées à suivre un CAP charpente sur 2 ans (en alternance), chez les Compagnons du Devoir. Ces 2 ans de formation ont été particulièrement riches d’enseignements, tant au niveau professionnel, qu’humain.
J’ai autant appris un métier, qu’un savoir-être, pétri de respect, de confiance partagée et de goût pour un travail de qualité. Suite à cette formation et à mes propres recherches sur la construction paille, j’ai créé mon entreprise Bois et Paille, le 1er octobre 2007. Au départ, nous étions 2 dans l’entreprise ; actuellement, Bois et Paille emploie 7 personnes salariés, dont deux apprentis et une secrétaire.
La construction paille, et plus largement le travail de charpente en éco-construction, me tient vraiment à cœur. Je construis des maisons en paille car j’ai eu un vrai coup de foudre pour les formes généreuses et arrondies qu’elles proposent, pour la qualité de l’isolation et le confort acoustique qu’elles procurent, pour l’utilisation de matériaux naturels. Je travaille avec des bois non traités (type douglas ou chêne), pour avoir la vraie satisfaction de travailler un matériau noble et sain, pour la réalisation de charpente bois, avec assemblages traditionnels.
Je continue de me former au quotidien, afin de compléter mes compétences et connaissances et pouvoir apporter expertise et conseils auprès des particuliers qui s’adressent à moi (formation sur l’isolation en ouate de cellulose, sur l’étanchéité à l’air…). Cet engagement est primordial pour les professionnels et participe du respect du travail bien fait. Cela me permet également d’accompagner les auto constructeurs qui s’adressent à moi.

Bois et Paille réalise tout type de travaux de charpente, des maisons ossatures bois, ainsi que des extensions, des préaux… toujours en éco-construction.

Quels changements observez-vous ces dernières années
et comment les anticipez-vous en interne ?

De par mon activité spécifique, je rencontre des personnes engagées dans leur projet de construction, avec une forte motivation pour l’environnement et un souci de s’approprier leur projet de construction (qui est tout de même leur projet de vie !). Toutefois, ma clientèle est constituée principalement de jeunes couples, primo-accédant, avec de petites ressources financières. Je constate au fur et à mesure des années que les budgets sont de plus en plus serrés, que les banques ne suivent pas forcément les projets «innovants»… et en parallèle, les normes deviennent de plus en plus lourdes et coûteuses. C’est de plus en plus compliqué de mener à bien les projets, d’un point de vue financier j’entends. J’anticipe ces problèmes vraiment en amont, en alertant les porteurs de projet sur le vrai coût des choses. On a trop souvent à faire à des effets d’annonce, parlant de maisons BBC à 1000 euros le m². Ne nous leurrons pas : les matériaux de qualité (et sains) sont chers ; la seule manière pour des couples à faible revenus de concrétiser leur projet de construction est souvent d’abandonner leurs rêves de maison (en général très grande et aux formes peu raisonnables en terme de consommation énergétique) et de participer aux travaux (travaux de finition, etc.). De mon côté, j’essaie toujours de trouver les systèmes constructifs les moins onéreux, sans rogner sur la qualité naturellement.

Avez-vous des exemples de réalisation intéressants à partager ?
Je suis actuellement en train d’écrire un livre avec ma compagne sur la construction paille, les coûts financiers, les techniques constructives utilisées… 
Nous avons travaillé sur de nombreux projets, tous différents les uns des autres. Chacun a son intérêt car il répond aux attentes spécifiques de chaque propriétaire. Le fond commun de tous ces projets est de construire une maison cohérente, avec un faible impact environnemental et coût de fonctionnement minime, tout en bénéficiant d’un cadre de vie sain et confortable. A partir de là, tout est envisageable dans la mise en œuvre, les matériaux utilisés, les finitions, les formes, etc.
C’est passionnant de suivre l’évolution de ces projets, dans la mesure où Bois et Paille est souvent une des seules entreprises présentes sur le chantier, les propriétaires se réservant une grande part des travaux en auto-construction. 
On voit ainsi tous les cas de figure : une maison qui met 5 ans à se finir, car tout est calculé pour coûter le moins cher possible ; une maison qui se termine en 9 mois, les propriétaires ayant fait le choix de faire appel à un réseau d’artisans compétents, afin d’abréger les travaux…
Au final, après un premier hiver, le constat est toujours là : la consommation de bois est très faible, le confort de vie imbattable. Je ne peux donc que vous conseiller d’aller visiter une maison en bois et paille pour vous rendre compte par vous-même !


Que vous apporte une structure comme le CLUSTER ECO-HABITAT et plus généralement le réseau avec l’implication des maîtres d’ouvrage ?
De mon point de vue, il est essentiel de mutualiser les compétences et les connaissances, de travailler en réseau, d’échanger… Pour ces raisons, je fais partie d’une coopérative, l’ACEM79, dont la devise est «Tout seul on va plus vite, à plusieurs on va plus loin !». Pour ces raisons aussi j’ai adhéré au Cluster Eco-habitat, afin de fédérer les différents acteurs de l’éco-construction et de travailler en bonne harmonie avec tous, en sachant respecter les compétences de chacun.

Un mot de conclusion ?
Il me paraît primordial de développer un réseau d’acteurs locaux, engagés dans une démarche globale et cohérente. Loin des effets de mode, mais avec juste son intime conviction que ce que nous faisons, nous le faisons dans le bien et le bon.

Propos recueillis le 17 avril 2013 à Vausseroux (79).