OekoumèneL’agence d’architecture limousine Oekoumène… l’écologie comme ADN

Interview d’Alexandra BAVIÈRE et Hugues GIRAUDY, co-gérants.

 

Quel est votre parcours, l’histoire et l’activité de la société ?

Nous sommes tous les deux architectes et travaillions à Paris avec plusieurs missions sur le territoire limousin. En 2010, nous avons recherché une agence avec une forte sensibilité écologique pour nous installer. Nous ne l’avons pas trouvée et l’avons donc créée !
Nous avons cherché très rapidement à nous former d’avantage et acquérir des outils adaptés pour réussir des projets performants.
Nous utilisons par exemple un « cahier de conception environnemental » qui permet de bien définir les besoins et de ne pas perdre de temps. De se poser les bonnes questions, de comprendre les envies du maître d’ouvrage et des usagers, d’écrire l’histoire du projet à plusieurs et surtout de se créer une culture et un vocabulaire commun.
Les formations permettent aussi de rencontrer de futurs partenaires, experts dans leur domaine, qui permettent de justifier et rationaliser les choix proposés.

A quel public vous adressez vous ?

Nous avons rapidement eu accès au marché public avec des acteurs ayant des envies en phase avec notre démarche. Aujourd’hui nous avons environ 70 % de marchés publics. Autant en réhabilitation que dans le neuf et plutôt en milieu rural. Ce sont des projets généralement entre 500 000 et 4 millions d’euros.

Avez-vous des exemples de réalisations intéressantes à partager ?

Nous pouvons évoquer par exemple le pôle jeunesse d’Aixe Sur Vienne (ALSH)  (1350 m² de surface habitable) qui est représentatif de notre façon de travailler. Ce projet a été entièrement réalisé avec des matériaux biosourcés, en ossature bois avec solution de parement bois brut intérieur. La ventilation est naturelle et le chauffage solaire direct. La ressource en bois est locale et c’est un point très important pour nous. Nous avons fait de nombreuses réunions en amont du projet avec les usagers : l’équipe pédagogiques, les parents, les enfants, …
Ces rencontres se déroulent sous forme d’ateliers thématisés. Cela permet de cadrer les débats, de  parler des « vrais problèmes » et  trouver des consensus assez larges. Nous gagnons beaucoup de temps sur le projet car les besoins sont bien digérés en amont.
Tous nos traits naissent de la concertation.

Le BET thermique est également essentiel pour transformer des calculs thermiques en usage et confort. Notre collaboration avec le BET INCUB’ nous a permis d’arriver à cela.

Nous travaillons également toujours avec un paysagiste (avec Christophe Lehuger par exemple). Créer un bâtiment veut également dire créer un milieu urbain. C’est d’autant plus vrai en milieu rural où c’est souvent l’unique occasion de gérer l’espace public. Nous ne cherchons pas à faire une architecture tape à l’œil mais avant tout à avoir une responsabilité sociale et une approche sur l’insertion urbaine et paysagiste.

Quels changements observez-vous ces dernières années et comment les anticipez-vous en interne ?

Même si nous ressentons aujourd’hui une certaine reprise, les contraintes budgétaires ont souvent écarté, ces dernières années, les projets avec une démarche écologique. Beaucoup trop de maîtres d’ouvrage ont tendance souvent à associer écologie et surcoût. Il y a une réelle méconnaissance des coûts, des enjeux et un manque de formation sur ces sujets.
Pourtant, notre expérience nous permet de dire que nous ne construisons pas plus cher. Ce que l’on met dans l’enveloppe, nous l’enlevons dans les équipements techniques. Et à coût de construction égal, la performance est bien meilleure.
Les charges énergétiques diminuent rapidement et si nous calculons donc en coût global, ce genre de projet est très intéressant pour les maîtres d’ouvrage. Sans parler du confort, non quantifiable mais ô combien primordial.
Ici, nous avons un contexte particulièrement favorable pour l’utilisation du bois mais chaque région doit chercher et valoriser son biomatériau.

Que vous apporte une structure comme le Cluster Eco-Habitat ?

La mise en relation de compétences. L’ex-limousin est une région très petite qui ne permet pas d’atteindre un cercle vertueux de compétences. Nous comptons donc sur le réseau du Cluster pour nous tourner vers l’Aquitaine et le Poitou-Charentes. Jusqu’à présent, nous cherchions plutôt les compétences en région Rhône-Alpes, stimulée par sa proximité avec l’Allemagne et l’Autriche.
Un réseau comme le Cluster à l’échelle de la Grande Région représente donc pour nous une possibilité de rencontres mais aussi d’émulation, d’échange sur nos métiers respectifs.

Propos recueillis en mai 2016.
www.oekoumenearchitecture.com