Zoom sur l’OPH Angoumois, ses projets en cours,
ses méthodes de travail et ses ambitions.

Interview de Jean-Luc ABELARD
Directeur de la construction et du développement durable
OPH Angoumois

 

Quelle est l’histoire et l’activité de l’office ?

l’OPH Angoumois, qui regroupe 62 personnes aujourd’hui, existe depuis 1929. Initialement, en tant qu’office municipal, puis OPAC, puis OPH. Cela représente aujourd’hui (après regroupement de 3 sociétés d’économie mixte) 3 500 logements.
Le parc de logements est principalement sur Angoulême et le Grand Angoulême. Depuis 2012, nous sommes organisme communautaire donc rattaché au Grand Angoulême. Nous n’intervenons plus trop en secteur rural.

Quels changements observez-vous ces dernières années ?

Nous n’avons pas attendu la RT 2012 pour réaliser des bâtiments performants. Cela fait déjà 4 ans que nous nous sommes intéressés au BBC et les premiers pavillons labellisés existent depuis 3 ans.
Nous répondons à beaucoup d’appels à projets (Région Poitou-Charentes, ADEME, Conseil Général de Charente, etc.).
Nous répondons d’ailleurs au dernier appel à projet de la Région sur des bâtiments Effinergie + et l’utilisation d’éco-matériaux. Nous allons ainsi tester l’isolant Métisse® (à partir de fibres textiles recyclées, proposé par Emmaüs).
C’est évidemment des investissements temps importants mais nous avons toujours des retours intéressants et acquérons une expérience indéniable.

Sur le parc existant, nous n’avons plus de logements énergivores (logements E,F, ou G).
Notre objectif dans les 5 ans à venir est de passer le parc de D à C. Nos principales pistes d’amélioration : changement de chaudières, plus d’isolation, modification des VMC et des menuiseries.

Comment anticipez-vous ces changements en interne ?
Pour monter en compétences, nous tablons sur la formation bien sûr.
Nous sommes un des premiers adhérents du Cluster et nous participons très régulièrement aux rencontres, formations et ateliers thématiques, toujours très enrichissants.
Nous sommes signataires du Plan Climat sur le Grand Angoulême et nous suivons également les formations proposées dans ce cadre.
Répondre aux appels à projets, nous oblige à une remise en question permanente.

Et avec l’externe ?
Nous sommes également très vigilants dans le choix des équipes de maîtrise d’œuvre. Nous ne nous contentons pas du dossier écrit. Nous prenons le temps de recevoir les équipes pour échanger sur leur méthode de travail, leurs expériences et échanges entre BET et architectes par exemple.
Sur les chantiers, nous avons également fait évoluer nos façons de sensibiliser les entreprises à la performance BBC et à l’étanchéité à l’air.
Il y a 3 ans, nous organisions, avant le chantier, ½ journée de sensibilisation et l’organisme retenue pour l’étanchéité faisait la formation. Si la première année nous avons eu des bons retours, la deuxième année n’a pas été aussi efficace et suivie. Nous avons donc décidé de changer de méthode : aujourd’hui nous missionnons la société qui réalise les tests d’étanchéité pour avoir un avis sur le dossier DCE puis c’est elle qui organise 2 ou 3 ½ journées de sensibilisation auprès des ouvriers directement sur le chantier.
Depuis 2012, nous constatons d’ailleurs un certain relâchement avec de plus en plus de problèmes de qualité.
Nous sommes actuellement dans une démarche RSE. Nous venons ainsi de mettre en place une «charte qualité-livraison» à faire signer par les entreprises quelques mois avant la livraison. Nous l’expérimentons actuellement sur 12 logements à venir. Nous listons tous les problèmes rencontrés pour les informer.

Avez-vous des exemples de réalisations intéressantes à partager ?
Nous travaillons à grande échelle avec des investissements importants pour réhabiliter ou équiper nos logements. Nous avons ainsi dépensé 400 000 euros de travaux pour des menuiseries sur 250 logements ; 600 logements collectifs ont été équipés de chauffe-eau solaires ; 700 logements sont chauffés avec du bois-plaquette ; 600 autres sont sur un réseau de chaleur avec du granulés de bois (et complément gaz). Nous travaillons également sur un projet d’installation photovoltaïque avec le CRER.
Nous sommes en train de réaliser notre deuxième maison relais dans le cadre d’un appel à projet et c’est pour nous la première opération en conception-réalisation. Nous avons d’ailleurs apprécié l’accompagnement méthodologique du Cluster sur ce point (cf. la fiche opération de démonstration).


Mettez–vous en place des démarches particulières avec vos locataires ?

Nous choisissons d’abord en interne des techniciens qui ont des contacts faciles avec les locataires.
Pour le neuf, avec accord du Maire de la commune concernée, nous organisons une réunion de présentation du futur lieu de vie en présence de l’architecte et du BET. Ce dernier explique les nouvelles technologies mises en place (chauffe-eau thermodynamique, poêle à granulés, chaudières hybrides, VMC double flux, etc). Le Maire présente la commune et dans le cadre d’une démarche éco-quartier, il est parfois nécessaire d’expliquer pourquoi il n’y a pas de possibilité de laisser sa voiture devant chaque pavillon…
Il faut aussi savoir réagir vite. Aujourd’hui, une VMC en panne peut être synonyme très rapidement de moisissures…
Nous avons ainsi missionné une personne pour réaliser un diagnostic sur 300 logements neufs ou « énergivores-réhabilités » – Il va rencontrer les locataires pour recueillir leurs impressions. C’est important pour nous mais également pour nos financeurs comme la Région qui est en attente de ce genre de retour.

Un mot de conclusion ?

Nous nous intéressons de près à l’industrialisation des modes constructifs. Nous commençons à expérimenter les murs préfabriqués avec des chaînes de montage informatisées. Sur un chantier de 32 logements, nous avons ainsi gagné 2 mois de chantier et force est de constater que nous avons également gagné en qualité et en propreté.
Il faut évidemment rester vigilant sur la place et l’importance des artisans tout en s’intéressant aux innovations proposées.

Propos recueillis le 28 février 2013 par Anne-Laure GRIVOT.